Refle-x-périmental #25 : Kino Klub.  Belgrade expérimental, l’amateurisme académique

Refle-x-périmental #25 : Kino Klub. Belgrade expérimental, l’amateurisme académique

Mardi 05 mai 2026 à 20h30 au Reflet Médicis

Refle-x-périmental, le ciné-club expérimental de Cinédoc au Reflet Médicis

Refle-x-périmental #25 : Kino Klub.
Belgrade expérimental, l’amateurisme académique

Mardi 05 mai 2026 à 20h30 au Reflet Médicis

 En mai, Refle-x-périmental devient kino klub, avec un programme inédit issu de l’expérimental yougoslave des années 1950-1970. En Yougoslavie socialiste, le développement du cinéma expérimental est indissociable de l'institution du kino klub et de l'amateurisme. La pratique en amateur – différente à bien des égards des ses acceptions occidentales, dans la mesure où elle s’inscrit dans une politique culturelle d’Etat – y est perçue comme vecteur d’émancipation par l’art et devient un moteur d’expérimentation formelle libre. Ainsi, l’idée d’« amateurisme académique » ne garde ici de l’« académie » que la notion d’un cadre formateur fécond à partir duquel la création cinématographique peut se déployer. Point de rencontre, lieu de brassage entre étudiants et curieux, le kino klub a forgé plusieurs générations de cinéastes dont les réalisations marquent à la fois le champ du cinéma expérimental et celui de la « Vague noire ». Des cinéastes phares y ont fait leurs premiers pas : c’est le cas de Dušan Makavejev, dont le film Le Sceau, créé au Kino klub Beograd à l’époque où il venait de terminer ses études en psychologie, ouvre le programme. 

Fondé en 1958, Akademski kino klub a accueilli dès ses débuts une génération qui a façonné l’esprit expérimental de ce qui a pu être appelé le « Cercle de Belgrade » : le Triptyque et Les Mains des distances pourpres en sont les exemples majeurs. Parallèlement, l’influence de GEFF (festival de cinéma expérimental, basé à Zagreb dans les années 60) et de l’anti-film a permis l’épanouissement d’un certain structuralisme, porté par Tom Gotovac (Le Cercle) et Petar Blagojević–Aranđelović comme opérateur. D’autres cinéastes ayant suivi un parcours expérimental uniquement au sein du kino klub ont contribué de manière décisive à l’avant-garde yougoslave avant de se tourner définitivement vers la télévision. C’était le chemin de toute une génération dans les années 60 et 70, et notamment de Radoslav Vladić (Maison) et de Nikola Đurić, dont trois films (Voyelles, Le Corbeau, Le Chemin du village) combinant une démarche conceptuelle, des inspirations poétiques et l’innovation technique, sont présentés au programme.

Akademski kino klub devenu Centre académique de cinéma continue son activité encore aujourd’hui, en organisant des stages, ateliers et formations pour les jeunes et produisant des films expérimentaux et documentaires.

Séance présentée par Isidora Lazić (Cinédoc, Master réalisation Paris 8) et Milan Milosavljević (Centre académique de cinéma de Belgrade).

Remerciements : Milan Milosavljević, Duško Stanivuk, les camarades de la lutte pour les institutions en Serbie.

 

► Le programme : 

 

Pečat / Le Sceau

Dušan Makavejev

1955, 16mm (numérique), n&b, sonore, 17'

Un conte satirique sur un homme décédé qui se remémore sa vie en attendant que le bureau du coroner scelle son cercueil. La dépersonnalisation d’un individu par la bureaucratie, dont le principal critère de valeur est le sceau officiel.

 

Ruke ljubičastih daljina / Les Mains des distances pourpres 

Sava Trifković

1962, 16mm (num.), n&b, sonore, 10’

Le court-métrage culte Les Mains des distances pourpres de Sava Trifković explore l’horreur intérieure de l’héroïne à travers une sorte de gradation de la peur, allant de la peur du vide ou des espaces ouverts à celle de la mort.

 

Triptih o materiji i smrti / Triptyque sur la matière et la mort

Živojin Pavlović

1960, 16mm (numérique), n&b, son perdu, 9'

Une jeune femme, blessée et seule, cherche désespérément refuge dans une maison vide avant de découvrir un wagon de train abandonné. Hantée par des visions surréalistes, elle s’effondre à plusieurs reprises. À l’aube, son corps immobile attire la curiosité des enfants du voisinage, laissant son sort incertain.

 

Kružnica / Le Cercle

Tomislav Gotovac

1964, 16mm (numérique), n&b, sonore, 12'

Depuis le sommet du Palais d’Albanie à Belgrade, Gotovac a filmé le paysage de la ville en faisant tourner sa caméra à 360 degrés, saisissant les alentours tout en mettant en avant le médium cinématographique lui-même.

 

Gavran / Le Corbeau 

Nikola Đurić

1973, 16mm (num.), n&b, silencieux, 6'

Un court film structuraliste qui suit le mouvement d’un oiseau dans les airs, où l’auteur fait dialoguer le symbolisme du corbeau avec l’idée poétique d’un vol en pleine liberté. Réalisé à l’aide d’un dispositif artisanal de tireuse optique couplée à une caméra Bolex.

 

Samoglasnici / Voyelles

Nikola Đurić

1973, 16mm (num.), n&b, sonore, 8’

Inspiré du poème d’Arthur Rimbaud, l’auteur utilise pour chaque voyelle différentes techniques de prise de vue et de montage pour le transposer dans le langage cinématographique.

 

Kuća / Maison

Radoslav Vladić

1977, 16mm (num.), couleur, sonore, 8’

Maison nous emmène dans un voyage à travers les espaces familiaux de l’auteur, tout en créant une trace et une atmosphère authentiques, proches d’une ethnographie du quotidien domestique.

 

Seoski put / Le Chemin du village

Nikola Đurić

1972, 16mm (num.), couleur, sonore, 5'

Une expérience kinesthésique à partir d’enregistrements filmiques et d’une partition musicale, réalisée lors de l’un des premiers ateliers de cinéma en résidence dans l’ex-Yougoslavie, dans le village de Nakučani.

 

Séance dans le cadre du ciné-club de Cinédoc au Reflet Médicis.

 

Billetterie bientôt disponible ci-dessous