Refle-x-périmental #23 Boulevard Magenta : Soirée chromatique décadente
Jeudi 12 février 2026 à 20h30 au Reflet Médicis
Refle-x-périmental #23 Boulevard Magenta : Soirée chromatique décadente
Jeudi 12 février 2026 à 20h30 au Reflet Médicis
► Au cœur de la collection historique des années 1970 de la Paris Films Coop, projection d’une sélection de copies dites “virées magenta”: ce violet-rouge-rose “tout sauf vert”, symptôme de l’impermanence chromatique de certaines pellicules par dépigmentation des couches jaunes et cyan. Sauf exception, on ne les projette plus, on les corrige ou recolorise numériquement. Cette séance propose au contraire de les (re)voir de plus près, avec des conséquences esthétiques parfois surprenantes selon les films : des monochromes originellement bleu de Monory au rose du film queer de Martine Zevort et Frédérique Gros, d’un clin d’œil à une carte postale de Saint-Valentin signée Norman McLaren à la redécouverte du très planant Regard de ma fenêtre d’Ahmet Kut, en passant par une ciné-performance chromatique unique de Christian Lebrat à partir d’une copie magenta de son film Trama. Une séance donc volontairement décalée dans le rose, ultime hommage aux copies magentargentiques, manifeste contre le validisme chromatique qui ne manquera pas de pinkant.
Séance présentée par Dominique Willoughby, en présence du cinéaste Christian Lebrat.
► Le programme :
Love on the wing
Norman McLaren
1938, 16mm, couleur, sonore, 4’
“Répondant à une commande du service postal aérien du Royaume-Uni, Norman McLaren s’affranchit de ses obligations publicitaires et réalise une véritable histoire d’amour surréaliste en faisant évoluer des personnages dessinés directement sur la pellicule devant des arrières plans élaborés.”
– Catalogue Office national du film du Canada.
Ex
Jacques Monory
1968, 16mm, couleur, sonore, 4’
"Destruction d'une obsession de souvenirs d'un moment d'une vie vus au travers d'images privées et d'actualité. Course d'images vers le meurtre."
– Jacques Monory, Catalogue Paris Films Coop, 1979.
En Hommage à
Frédérique Gros, Martine Zevort
1978, 16mm, couleur, silencieux, 3'
“Film queer et radical. Deux corps s'entrelacent, se cherchent. Ponctué de lettres en capitale, célébration de l'amour lesbien.”
– Mathilde Suliga-Descamps, Catalogue Paris Films Coop, 2022.
Regard de ma fenêtre
Ahmet Kut
1974, 16mm, couleur, sonore, 45’
“Film planant à la limite du structurel mais qui arrive à l'éviter. Étude des couleurs, du statisme et des différents modes de surimpression. Le film est un glissement d'une réalité truquée vers un phantasme. Une grande partie se passe sur une seule image qui change continuellement d'aspect : les tours (de la place) d'Italie, vues de ma fenêtre du temps où j'habitais le quartier d'Italie à Paris au 8ème étage d'une espèce d'H.L.M. On a l'impression qu'on va assister à un film ennuyeux parce que trop long sur un sujet trop court. Et pourtant le béton cru et angoissant devient beau et même hallucinant. Peu à peu, on se laisse envoûter par la beauté des couleurs et de la musique, on croit halluciner, il y a quelque chose qui vient de se passer, sur l'écran ? ou dans ma tête ? C'est le signe avant-coureur du glissement vers un autre film. On ne se souviendra pas comment le glissement s'est opéré, comment les immeubles ont disparu pour laisser place à l'univers sensuel de Red Sunshine."
– Ahmet Kut, Catalogue Paris Films Coop, 1979.
Trama
Christian Lebrat
1980, 16mm, couleur, sonore, 12’
“Dans Trama (1978-80), Christian Lebrat a produit des couleurs ‘dans les yeux et pas sur l’écran’, comme les couleurs qui fascinaient Goethe. L’expérience porte donc sur le temps mais aussi sur l’être de la couleur (qui n’est que percept ; d’ailleurs en stroboscopant le film par clignement d’yeux rapides, on le transforme, on l’immobilise, on le réduit à une succession de chartes colorées ; les couleurs ‘physiologiques’, Lebrat le prouve rigoureusement, mettent en jeu au cinéma – et elles seules – l’effet de rémanence rétinienne). Il pose ainsi à sa façon la même question : quand y a-t-il couleur ?, ajoutant seulement cette autre interrogation connexe : où est-elle alors ? On n’échappe pas à cette illusion : les couleurs ont bien lieu, ou lieux.’
– Jacques Aumont, La couleur en cinéma, 1995.
Billetterie disponible ci-dessous